Revue du concert du New Morning à Paris – 01.10.2013

Brutale finesse

 

Paris, rue des petites écuries. 1er octobre 2013. Une longue file d’attente obstrue le trottoir aux abords du New Morning. Ce soir, c’est Jonny Lang qui officie. En première artie, Corson délivre une dream pop réminiscente de Radiohead, originale, entouré d’un guitariste et d’un contrebassiste efficaces. Le Jonny Lang band arrive à 21h sur scène, après les réglages instrumentaux de coutume. 2h d’anthologie s’ensuivent, et deux mots me restent en tête après coup : ce type est brutalement fin !

 

Jonny Lang au New Morning - 01.10.2013

Jonny Lang au New Morning – 01.10.2013

Cela fait 14 ans qu’il n’est pas venu en concert en France, et 16 ans depuis sa dernière visite au New Morning. Il avait alors 16 ans, il en a le double à présent. L’attente de “Fight for my soul” aura été

de 7 ans, ce qui est déjà beaucoup. Mais Jonny Lang étant avant tout un artiste de scène, 14 ans d’absence de concerts en France, cela commençait à faire beaucoup. Comme pour tuer illico tout scepticisme à son égard, à la “est-ce qu’il va encore pouvoir nous surprendre ?”, “est-ce que son jeu de guitare est toujours aussi flamboyant”, l’intro donne le ton avec un “Don’t stop” façon blitzkrieg. La guitare hurle, Jonny rugit, les notes défilent, on comprend de suite que le concert va être une claque. “A quitter never wins” suit. Là, forcément, tout le monde est d’accord. C’est avec “Lie to me” le seul morceau que Jonny a toujours gardé depuis 1997 dans sa setlist, et on comprend pourquoi. Une tuerie blues-rock, avec chant rauque mâtiné de soul et vibratos monstrueux. Les regards se figent, c’est le choc. Trop bon.

Pas le temps de s’en remettre, “Turn around” se pointe. Cette fois, c’est le plat hard gospel, avec picking et duo chant-guitare hypnotique. Décidément, l’histoire de la conversion de Jonny Lang n’a rien d’une promenade de santé. Pour ménager le public sans doute, le band s’attaque ensuite à “Red light”, le brûlot soul-pop de “Long time coming”. L’occasion de démontrer que le falsetto de Jonny a décidément bien évolué. Au passage de “Everything’s gonna be alright”, la joie contagieuse de JL s’étend au public. Mon Dieu, ce gars me fait penser aussi à Donny Hathaway, on fait pire ! Stax, Motown… J’aime bien les références du bonhomme.

Références qui se confirment juste après avec “Livin’ for the city” que le Band nous délivre en version survitaminée, avec un solo funky de Dwan Hill aux claviers à faire danser un tétraplégique. Terrible. “On that great day” pointe son nez après le chef d’oeuvre de Stevie Wonder. Changement de cap, avec une ballade folk magique, enivrante. Dans “Turn round”, ce morceau était sympa, mais trouve une toute autre dimension en live. Un peu comme pour “Walking away” qui à l’époque laissait tout le monde pantois dans sa version live. Comme quoi, Lang n’est pas que l’excité de service mais sait aussi émouvoir dans les morceaux lents et doux. Chapeau l’artiste. L’occasion aussi de laisser Akil Thompson nous gratifier d’un solo de guitare très soulful.

Et à ceux qui se demandent alors si le groupe va nous jouer des morceaux du nouvel album, la réponse fuse avec le riff d’intro de “Blew up the house”. Là, c’est le melting pot : soul, rock, pop, gospel, folk, funk… Un morceau pulsatile et pêchu qui évoque un nouveau départ de vie. Superbe. Et les choeurs fonctionnent bien ! Jonny a cassé la baraque, en effet. Logiquement, “What you’re looking for” embraye derrière. Plus lent, le morceau délivre un message tout aussi intéressant : on a toujours ce qu’on cherche, à la fin. Le chant de Jonny est vraiment à l’honneur dans ce titre, où la guitare est plus en background. Une chanson hantée et pleine d’espérance à la fois. Etonnant.

C’est au tour de “Rack’em up’ de saisir l’auditoire, émerveillé de retrouver ce morceau vieux de la vieille. Retour en territoire blues, avec approche très jazz grâce à l’ami Dwan, qui là encore laisse tout le monde sans voix. Et Jonny nous fait son petit jeu pizzicato, frémissant et brûlant. Mais comment fait-il ? La question se creuse encore plus quand le riff improbable de “Angel of mercy” vient percuter nos tympans. Non, c’est pas vrai, “Angel of mercy” ! On l’attendait déjà en 99, en vain, et Lang nous le sort enfin en 2013. Et après “A quitter never wins” c’est le double effet kiss cool, la seconde baffe. 12 ou 13 minutes de génie, avec un duel de guitare Akil-Jonny, une leçon de basse de Jim Anton, de batterie avec Barry, et toujours de claviers avec Dwan. Mais c’est surtout le chant surpuissant de Jonny qui sidère, ainsi que ses riffs furieux de blues-funk. Oh my god !

Laissant le public réclamer pendant plusieurs minutes, le Jonny Lang band se décide quand même à revenir pour des bonus tracks. A commencer par “40 days and 40 nights”. La reprise de Muddy Waters est énorme, avec Jonny seul, et sa version épurée et cinglante d’une chanson intemporelle. On sent que tout le monde a la chair de poule. Il poursuit avec “Breakin’me”, revisité et en solo s’il vous plaît. Acoustique cette fois, et côté chant Jonny fait dans le murmure sur ce titre… qui bascule finalement en “Lie to me”. Mais un “Lie to me” méconnaissable, qui commence en acoustique avec un chant plaintif qui se mue en hurlement de désespoir. Puis le groupe revient et c’est le “Lie to me” électrique de toujours qui emporte l’auditoire dans un voyage blues-rock épique. La Telecaster noire pleure, vocifère, fouette, flingue. Chaque note qui sort vient appuyer la précédente et creuser ce sentiment de blues parfait, à l’effet cathartique.

On sort rincés de ce concert, hébétés, et reconnaissants. Jonny Lang n’a pas failli à sa mission : keep the blues alive. Il l’a revisité, réinventé, ce blues. Il l’a assaisonné de telle façon qu’on peut y entendre du Stevie Wonder, du Stevie Ray, mais aussi du Michael Jackson ou Joe Cocker. Il l’a customisé si j’ose dire, et c’est jouissif. Les prochains concerts européens devraient être d’égales réussites, et comme se plaisait à le dire un journaliste ayant assisté au concert tout frais du Borderline à Londres : dans 10 ans, 1 million de personnes sur le globe pourront peut-être se targuer d’avoir vécu, un jour, un concert de Jonny Lang. Et pas sans fierté…

> Cliquez ici pour voir (et poster !) des photos du concert du New Morning.

 > Lire la revue de concert d’Elian sur I was there.net.

> Voir l’article du Rock’n’roll blog (4 octobre)

> Voir la revue de concert de rocknconcert.com (superbes photos !)

5 thoughts on “Revue du concert du New Morning à Paris – 01.10.2013

  1. Pingback: First Press Quotes about European tour | Jonny Lang

  2. J’aurai vraiment pouvoir être la, mais ça affichait déjà complet quand j’ai voulu acheter ma place :-( Merci pour cette review !
    Heureusement, j’ai pu me rattraper samedi à Avignon, c’était une première pour moi ! Il m’a manqué Still raining : c’est la toute première chanson que j’ai entendu de Jonny et je rêvais de la voir live. Il m’a aussi manqué what you’re looking for, ma préférée du dernier album. Mais c’était quand même une claque énorme, j’étais émue aux larmes pendant Breaking me !

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