Romain

jonnylang-fr-tigerbalmLangyfied Romain …

J’ai découvert Jonny en 1997. Fan de blues-rock à l’époque, j’écoutais avec plaisir des CD de Jimmy Thackery. En me balladant à la FNAC au rayon blues, je tombe un jour sur l’album « Lie to me » d’un certain Jonny Lang, gratifié justement d’une citation de Jimmy Thackery : « He plays so good. I want to break his fingers ». Interloqué par cet aveu étrange venant de ce ponte de la six-cordes, je regarde la pochette, au look vintage sympa, et me demande pourquoi ils ont mis dessus un gamin en costard. C’est le fils du chanteur ? Une façon de rendre moins ringard un disque de blues à une époque de boys bands ? Ou alors c’est un montage pour symboliser l’éternelle jouvence du blues. Théorie pas si fumeuse que ça quand on sait que le blues est revenu sur la scène grâce aux détournements des Stones, et que Buddy Guy n’a jamais vendu autant d’albums que depuis qu’il a ajouté du rock à son blues.

Poussant court à mes rêveries, je passe alors au stand écoute et me retrouve captivé dès la première minute par le chant et le son de l’album. C’est décidé, qui que soit le fumeur au dernier degré qui vocifère sur « Lie to me » et rend fou de rage Jimmy Thackery, j’achète le CD sur le champ. A peine arrivé à la maison, j’écoute religieusement les 13 titres en parcourant frénétiquement les notes du booklet. Dans la quinzaine, je repasse au même rayon à la FNAC et ne vois plus le CD dans les bacs. Je me dis qu’il doit y avoir une embrouille. Sûrement, il s’agissait d’un disque à la publicité mensongère, le gamin sur la jaquette ne pouvant être le chanteur que j’ai entendu. Ils ont dû avoir des démêlés avec la justice américaine et le CD n’est plus distribué, j’ai compris. En tout cas, justice ou pas, le charme a opéré au point que le CD ne quitte plus la platine pendant des mois. Même les disques de Jeff Buckley et de Led Zeppelin ne connaissaient pas chez moi un tel traitement de faveur.

En 1998, mes parents achètent un ordinateur et je découvre les joies de la recherche sur Internet. Je dois constater que la supposée supercherie de « Lie to me » n’en était pas une et que le bonhomme de 16 ans (pardon, 15 au moment de l’enregistrement du disque) assure bien le chant en plus d’être une crevure de surdoué à la guitare. Mon admiration s’en trouve décuplée. Je n’ai plus qu’à guetter ses tournées live et à ne pas laisser passer le coche pour toute date parisienne. Le coche arrive et je me retrouve dans la salle mythique de l’Elysée Montmartre le 22 octobre 1998. Une heure trente de rêve éveillé s’ensuit. Le Kid prouve cette fois qu’il est le roi du blues sur scène, pour de vrai, quoi. Je n’en reviens pas de l’énergie, que dis-je, de la véhémence de son jeu de guitare, ainsi que de la puissance vocale qui émerge de ce teenager qui à première vue semble plutôt sorti d’un magasin Quiksilver que du BB King blues club.

Je récidive le 18 mai 1999, Jonny assurant cette fois le spectacle au Grand Rex, toujours à Paris. J’emmène pour le coup 4 ou 5 amis, et leur paie la place, sûr de faire un grand geste pour leur développement personnel et qu’ils me le revaudront. Les 4 amis apprécient beaucoup, sans être subjugués comme je le suis. Et moi, je viens de vivre l’expérience du deuxième concert de Jonny Lang, celle où tu apprécies parce que tu sais à peu près comment ça va se passer et que tu peux te concentrer sur les nouveautés. La première fois, tu restes juste les bras ballants en te demandant si tu as rêvé.

12 années interminables s’écoulent ensuite avant que je puisse enfin revoir Jonny en concert, pour la troisième fois. Nous sommes à Amsterdam (faute de date française), le 29 juillet 2011. L’occasion de retrouver aussi Lisa pour la première fois en chair et en os, après 9 ans de discussions monomaniaques sur notre musicien fétiche par l’entremise de notre ami commun : Gmail. Rebelote, spectacle total et expérience extraordinaire, avec la joie cette fois de pouvoir rencontrer l’artiste à la fin du concert, de parler quelques minutes avec lui, et de débriefer avec la meilleure fan européenne de Jonny. J’en suis encore groggy.

Pour élucider le mystère de « l’effet Jonny Lang », il faut revenir à l’essentiel : les instruments qu’il utilise, à savoir la guitare et le chant.

Son jeu de guitare me plaît pour deux raisons : approche très rythmique avec des staccato funky à souhait (flagrants sur « There’s Gotta be a change »), sans oublier un vibrato profond qui semble chauffer chaque note à blanc et la faire crépiter (écouter le solo de « Wander this world »). Aucun autre guitariste ne m’a déjà fait ressentir ce goût de la note qui tue, la note qui fait « biiiiiiing », la blue note éternelle. Pourtant, j’en ai écouté, des guitaristes. En général, leur problème, c’est plutôt leur tendance au fast forward, le mitraillage de notes tous azimuts, pour noyer le poisson faute d’avoir des choses à dire.

Le « gamin à la Telecaster hurlante » comme l’appelait un journaliste en verve n’a pas fait la UNE de Guitar Part et consorts pour des prunes. Mais c’est quand il chante que Jonny me surprend le plus. Sa voix éraillée semble hantée et irréelle. Joe Cocker a une voix éraillée, Jeff Buckley une voix irréelle. Jonny Lang, c’est les deux. Sa voix souffle à la fois le chaud et le froid, elle murmure et elle hurle en même temps, si j’ose dire. Après la guitare qui fulgure, voici la voix qui réchauffe. Le gars a décidément plus d’un tour dans son sac, et on comprend que le petit monde du blues ait donné sa bénédiction pour que Lang officie dans ses clubs. Pour Jonny, BB King et Buddy Guy ne seront bientôt plus des tuteurs, mais des camarades de jeu.

En rester à une seule évocation du talent musical de Jonny Lang est paradoxalement insuffisant. La cerise sur le gâteau, chez ce musicien, c’est son humanité. Le gars, c’est connu, est peu porté sur la vantardise et l’esbroufe. Lui qui électrise les foules en dix secondes se revèle tout à fait humble et attentif, voire presque timide, quand on l’aperçoit dans les coulisses. La simple écoute de « Only a man » devrait suffire à euthanasier chez les sceptiques le dernier reliquat de soupçon de fausse modestie.

J’ai essayé de décrire les causes de l’effet « Jonny Lang ». Pour essayer maintenant d’exprimer comment se manifeste en moi cet « effet », je dirais que c’est un peu comme l’effet du baume du tigre. Le genre de truc costaud qui « arrache » au début et qui à la fin fait du bien. Bref, le contraire de la drogue qui arrache et fait du bien au début, mais qui fait du mal à la fin. La musique de Lang me revigore quand je suis faible et me calme quand je suis tendu. A la fois tonifiante et cathartique, elle me semble inspirée voire habitée par quelqu’un qui cherche plus grand que soi, et qui s’oublie soi-même. Cette musique est riche du dépouillement de celui qui l’offre. Ce que j’apprécie le plus chez les gens de génie, c’est quand ils semblent se rappeler que le talent dont ils disposent leur vient d’ailleurs, et qu’ils n’y sont pour rien. Le génie n’est jamais aussi beau que quand il est réceptif à la Grâce.

Robert Johnson parlait du carrefour où l’homme vend son âme au Diable. Jonny Lang parle du carrefour où l’homme peut choisir le bon chemin, comme dans la chanson de Calvin Russell. Les larmes, en chemin, il y en aura (et pas qu’un peu). Mais l’espérance ne déçoit pas.

Jonny Lang croit en Dieu et je crois que Dieu croit en lui. Et tout cela me taraude au point que j’aimerais bien écrire un bouquin, un jour, autour de tout ça, déjà persuadé que les prochains épisodes de la saga Lang seront épiques.

Pour conclure, je voudrais juste rappeler cette belle phrase du regretté Doug Nelson, premier bassiste du Jonny Lang Band, à propos de Jonny : « J’ai compris que ce mec était un vrai la première fois que je l’ai vu : il avait les yeux révulsés quand il jouait ».

 

> Découvrir le “Lang effect” sur Lisa.

 

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